Skip to main content

Retrouver qui vous êtes : quand le bruit masque votre voix intérieure

Vous arrive-t-il de ne plus savoir qui vous êtes, ce que vous voulez vraiment, ni où vous allez ? Cette sensation de désorientation touche particulièrement les managers et dirigeants pris dans le tourbillon des obligations professionnelles et sociales. Lorsque le quotidien se remplit de bruit et d’agitation, la connexion avec soi-même s’efface progressivement, laissant place à une vie désenchantée où l’on se contente de paraître plutôt que d’être. Plus largement, nous sommes quasiment tous confrontés à un moment ou à un autre de notre vie à cette situation.

La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino offre une réponse cinématographique puissante à cette problématique existentielle. Ce long métrage, considéré comme l’une des œuvres cinématographiques majeures de la dernière décennie, suggère à celui qui sait regarder un chemin vers la réappropriation de son identité profonde. Le Ciné-Coaching permet justement d’utiliser des films comme celui-ci pour reconnecter avec ses émotions authentiques et sentir à nouveau sa boussole intérieure.

Le bruit comme stratégie d’évitement

Mondanités versus sensations : deux modes d’existence opposés

Le film s’ouvre sur une alternance saisissante : d’un côté, le chant apaisant d’une cantatrice près d’une fontaine romaine éternelle, filmé de manière profondément sensorielle ; de l’autre, une soirée assourdissante où la musique hurle et où des mariachis ajoutent encore du bruit par-dessus le bruit. Cette opposition illustre les deux modes d’existence entre lesquels oscille Jep Gambardella, le protagoniste incarné par Toni Servillo.

Dans le silence et le calme, l’espace s’ouvre pour accueillir nos émotions et sensations authentiques. À l’inverse, le vacarme des mondanités sert de rempart contre la confrontation avec soi-même. Jep fréquente ces soirées bruyantes non par plaisir, mais pour éviter d’entendre sa voix intérieure – cette petite voix qui pourrait lui rappeler les blessures non cicatrisées et les renoncements accumulés.

Identifier vos propres stratégies d’évitement

Cette dynamique dépasse largement le cadre du film pour toucher des situations concrètes de développement personnel. Combien de managers gardent leurs écouteurs en permanence, remplissent chaque moment de silence par un podcast ou de la musique, enchaînent les réunions sans interruption ? Ces comportements, apparemment anodins, peuvent constituer des mécanismes d’évitement sophistiqués.

La question essentielle devient : créez-vous des conditions qui permettent d’entendre votre voix intérieure, ou au contraire, multipliez-vous les sources de distraction ? Si vous ne vous laissez jamais d’espace vide, vous ne pouvez pas accéder à ce que vous ressentez véritablement. Faire d’un film un outil de développement personnel commence précisément par cette prise de conscience : observer comment les personnages fuient leurs émotions nous aide à identifier nos propres stratégies d’évitement.

Du désengagement émotionnel à la réappropriation de sa vie

Le parcours de transformation de Jep Gambardella

À 65 ans, Jep Gambardella se trouve à un tournant existentiel. Cet écrivain romain avait connu le succès précoce avec un premier roman salué par la critique, porté par l’enthousiasme amoureux et le désir d’embrasser « la grande beauté » de l’existence. Mais lorsque son premier amour, Elisa, l’a quitté sans explication, il s’est désengagé émotionnellement de sa vie.

Pendant plus de quarante ans, il s’est réfugié dans une existence mondaine brillante en surface mais creuse en profondeur. Journaliste culturel respecté, habitué des soirées romaines, il a construit un personnage social impeccable tout en renonçant à écrire et à ressentir. Cette dissociation entre l’être et le paraître caractérise de nombreuses trajectoires professionnelles et personnelle : on excelle dans un rôle qui ne correspond pas à ce que l’on souhaite profondément accomplir. Et à force de jouer ce rôle, on finit par ne plus savoir même ce que l’on désire.

Les déclencheurs du changement

Le film révèle plusieurs catalyseurs qui amorcent la transformation de Jep. D’abord, une prise de conscience progressive : lors d’une performance artistique vide de sens, il réalise qu’il ne veut plus participer à des activités dépourvues de substance. Il commence à dire non, à partir sans s’expliquer, à réaffirmer ses choix.

Ensuite, l’annonce de la mort d’Elisa, son premier amour, le confronte à sa propre mortalité et aux renoncements qui ont structuré son existence. Ce choc émotionnel fissure l’armure qu’il s’était construite. Enfin, la rencontre avec Ramona – interprétée par Sabrina Ferilli – lui permet de renouer avec la vulnérabilité et l’authenticité relationnelle.

L’amour et la vulnérabilité comme portes vers soi-même

Ramona : incarnation de la vie simple et présente

Ramona représente dans le film ce que le coaching nommerait « la lumière » du personnage – l’opposé de son ombre constituée de fuite et de cynisme. Elle incarne une vie ancrée dans le présent, sans artifice ni mondanité. Leur relation permet à Jep de retrouver des sensations oubliées : la beauté d’être simplement ensemble, de trainer au lit, de grapiller encore quelques minutes avant de se lever.

La scène où Ramona demande « cinq minutes de plus » au lit avant de se lever résonne avec une intensité particulière. Ces cinq minutes supplémentaires ne concernent pas le sommeil, mais le fait de rester pleinement présent dans l’instant, de savourer les sensations du corps, l’odeur des draps, la chaleur du moment. Cette présence radicale à l’expérience immédiate – ce que la psychologie et le coaching appellent « l’ici et maintenant » – constitue l’antidote au mode d’évitement dans lequel Jep a vécu pendant des décennies.

La vulnérabilité comme condition du changement

Lorsque Ramona révèle à Jep son secret – elle est gravement malade et dépense tout son argent pour se soigner – elle lui offre sa vulnérabilité. Cette authenticité permet à Jep de baisser ses propres défenses et d’accepter à nouveau le risque émotionnel. En termes de développement personnel, la vulnérabilité ne constitue pas une faiblesse mais une force : elle ouvre la possibilité de connexions authentiques et de transformation profonde.

La vulnérabilité ouvre la voie à une puissance réelle, plein de sens, ancrée dans nos émotions et nos désirs profonds

La mort de Ramona confronte ensuite Jep à l’émotion qu’il fuyait depuis quarante ans : la profonde tristesse de la perte. Mais cette fois, au lieu de se réfugier dans les mondanités, il accepte de ressentir pleinement sa douleur. Cette acceptation marque un tournant décisif dans son parcours de réalisation personnelle.

Accepter ses limites et la finitude

L’illusion qui crée du sens versus l’illusion vide

Le film explore magistralement la différence entre les illusions qui génèrent du sens et celles qui créent du vide. Lors d’une performance artistique, Jep assiste au spectacle d’une « provocatrice » qui se cogne la tête contre un mur – geste creux, dépourvu de substance, qui ne génère aucune émotion authentique ni aucun questionnement profond.

À l’inverse, lorsque son ami illusionniste Stefano fait disparaître une girafe, il accomplit un « truc » en toute conscience de ses limites. Il dit clairement à Jep qu’il ne peut pas le faire disparaître, lui, car « c’est seulement un truc ». Cette lucidité sur les limites de l’illusion contraste avec la prétention vide de la performeuse. Le cinéma, la littérature, et par extension le Ciné-Coaching, fonctionnent comme ces illusions conscientes d’elles-mêmes : elles créent du sens pour mieux comprendre et vivre la réalité, sans prétendre la remplacer.

La confrontation avec la mortalité

L’acceptation de la mort – celle d’Elisa, celle de Ramona, celle qui approche pour lui-même – devient centrale dans la transformation de Jep. Son ami Romano, acteur qui a également passé quarante ans à fuir sa vérité, choisit de retourner mourir dans son village natal après avoir enfin connu un moment d’authenticité sur scène. Cette acceptation de la finitude, loin d’être morbide, libère paradoxalement la capacité à vivre pleinement.

L’installation photographique que Jep visite – un homme qui s’est photographié chaque jour pendant quarante-cinq ans – symbolise cette acceptation du passage du temps. En parcourant ces visages qui vieillissent, Jep se confronte visuellement aux effets du temps sur l’existence humaine. Cette contemplation provoque en lui une émotion profonde qui le rapproche de sa vérité intérieure.

Retrouver les émotions de l’enfance : la clé du sens

Les racines comme réponse existentielle

Dans une scène décisive, une sainte de passage à Rome – sorte de mère Teresa fictive – pose à Jep la question essentielle : pourquoi n’a-t-il pas écrit d’autre livre ? Sa réponse révèle sa quête vaine : il a cherché « la grande beauté », ce mystère absolu qui donnerait un sens ultime à l’existence et expliquerait peut-être pourquoi Elisa l’a quitté.

La sainte lui offre alors une réponse d’une simplicité désarmante : « Savez-vous pourquoi je ne mange que des radis ? » En italien, radis et racines partagent le même mot : radici. Les racines nous ancrent, nous connectent à notre histoire personnelle, familiale, culturelle. Le sens de notre vie ne se trouve pas dans une abstraction mystique mais dans le retour à nos émotions fondamentales, celles de l’enfance, avant que le bruit et les injonctions sociales ne les recouvrent.

La présence sensorielle des enfants

Une scène où Jep observe des enfants jouer dans la cour depuis sa terrasse cristallise cette révélation. Les enfants incarnent ce mode d’être que Jep cherche à retrouver : ils jouent sans se forcer, ressentent pleinement chaque sensation, goûtent une clémentine comme si c’était la première fois, sans filtre conceptuel ni jugement préalable.

Cette présence totale à l’expérience immédiate représente l’objectif du développement personnel : non pas devenir quelqu’un d’autre, mais retrouver la capacité à ressentir pleinement, comme on le faisait naturellement enfant. Le coaching travaille précisément sur la suppression des filtres et des stratégies d’évitement qui nous séparent de cette présence authentique. L’importance de bien choisir ses films réside dans leur capacité à nous reconnecter avec ces émotions fondamentales.

Applications concrètes pour managers et dirigeants

Premier levier : identifier et supprimer le bruit

Pour retrouver votre voix intérieure, commencez par cartographier vos stratégies d’évitement. À quels moments de la journée ou de la semaine créez-vous systématiquement du bruit ou de l’activité ? Quelles émotions ou questions cherchez-vous à éviter ? Cette prise de conscience constitue le premier pas vers le changement.

Deuxième levier : réaligner actions et désirs authentiques

Comme Jep qui décide de ne plus faire ce qui ne l’intéresse pas, commencez à identifier ce que vous avez réellement envie de faire – pas ce que vous « devriez » faire selon les attentes externes. Un exercice pratique consiste à créer une bucket list personnelle : listez tout ce que vous avez toujours eu envie de faire dans votre vie.

Troisième levier : cultiver la vulnérabilité et les connexions authentiques

Dans un contexte professionnel qui valorise souvent la maîtrise et la performance, autoriser la vulnérabilité peut sembler contre-intuitif. Pourtant, les relations authentiques – avec ses équipes, ses pairs, ses proches – constituent un ancrage essentiel pour rester connecté à soi-même.

Conclusion : la quête de sens comme processus continu

La Grande Bellezza ne propose pas de réponse définitive à la question « qui suis-je ? », mais cartographie un chemin de réappropriation de soi. Le film révèle que le sens de notre existence ne se trouve ni dans l’agitation mondaine ni dans une révélation mystique, mais dans le retour progressif à nos émotions fondamentales, celles qui nous animaient avant que le bruit du monde ne les recouvre.

Pour les managers et dirigeants pris dans des rythmes épuisants et des rôles parfois désincarnés, ce parcours offre une boussole : supprimer le bruit inutile, réaligner ses actions avec ses désirs authentiques, accepter sa vulnérabilité et ses limites, retrouver la capacité à ressentir pleinement chaque instant. Cette quête de sens n’est pas un luxe réservé à la retraite, mais un travail de développement personnel continu qui nourrit la croissance personnelle et l’alignement avec ses valeurs intrinsèques.

Le Chef-d’Oeuvre de Sorrentino nous rappelle finalement que la grande beauté que nous cherchons n’est pas hors de nous, dans des accomplissements extraordinaires ou des reconnaissances sociales. Elle réside dans notre capacité à être pleinement présents à notre propre vie pour apprécier autant la compagnie des autres, les sensations que tout expérience nous offre que l’accomplissement de nos aspirations. Bien choisir ses films de développement personnel nous permet d’effectuer ce voyage intérieur en restant confortablement installés, tout en ressentant profondément les transformations qu’ils provoquent en nous.