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Quand le cinéma nous tend un miroir

Et si la solution au financement des retraites était sous nos yeux ? Et si le leadership intergénérationnel n’était pas qu’un concept RH, mais une véritable stratégie de performance ? Au lieu de voir les seniors comme un coût, percevons-les comme une ressource stratégique inexploitée.

Cette semaine, je vous propose de regarder The Thursday Murder Club (2024, Netflix) à travers le prisme du Ciné-Coaching, non pas comme un simple divertissement, mais comme un outil puissant pour repenser le leadership intergénérationnel dans vos équipes et la valorisation des séniors au sein de votre entreprise et de notre société.

Ce film pose une question qui m’a taraudé : traitons-nous nos aînés comme nous aimerions que la Gen Z nous traite dans 20 ans ?

Le Ciné-coaching repose sur cette conviction : un long métrage, une œuvre cinématographique bien choisie devient un puissant levier de transformation. Encore faut-il savoir choisir son film et apprendre à le regarder avec ce regard particulier que je tente de partager et transmettre.

Aujourd’hui, je vous invite à explorer comment ce film interroge notre obsession du gain futur au détriment des richesses qui nous sont accessibles. Comment il révèle que le leadership ne se perd pas avec l’âge, mais se transforme. Et surtout, comment il nous pousse à questionner notre propre rapport à la différence, à l’expérience, à la valeur que l’on donne à chaque humain.


Qu’est-ce que le leadership intergénérationnel ?

Le leadership intergénérationnel repose sur trois piliers :

  1. Valorisation de l’expérience : reconnaître que le leadership ne se perd pas avec l’âge, il se transforme
  2. Complémentarité des approches : combiner le discernement des seniors avec l’énergie des plus jeunes
  3. Création de synergies : transformer la diversité générationnelle (et de manière générale) en avantage stratégique

C’est exactement ce que The Thursday Murder Club illustre avec brio.

En observant comment les personnages naviguent entre générations, nous pouvons identifier des leviers concrets pour nos propres organisations.


The Thursday Murder Club : Quand les « invisibles » prennent les rênes

Synopsis et contexte

The Thursday Murder Club met en scène quatre résidents d’une maison de retraite qui se réunissent chaque jeudi pour résoudre des affaires criminelles non élucidées. Lorsqu’un meurtre réel survient dans leur communauté, ces quatre retraités — une ex-espionne (Helen Mirren), un ancien syndicaliste (Pierce Brosnan), une infirmière et un psychiatre (Ben Kingsley) — se retrouvent au cœur d’une véritable enquête policière.

Réalisé par Chris Columbus, machine à créer des classiques : Maman, j’ai raté l’avion, Mrs. Doubtfire, Harry Potter et produit par Amblin (la société de Spielberg), le film réunit un casting exceptionnel. Des acteurs immenses, qu’on ne voit presque plus à l’écran.

Et c’est précisément là que réside la première leçon.

Pourquoi ce film m’a bousculé

En regardant Pierce Brosnan, je me suis dit : « Qu’est-ce qu’il est beau ce mec ! » Puis j’ai réalisé qu’il était entouré d’Helen Mirren, Ben Kingsley ou Jonathan Pryce — des acteurs importants de l’industrie ces trente dernières années. Et j’ai pris conscience d’une évidence troublante : on ne les voit presque plus.

Comme le disaient Godard et Lang dans Le Dinosaure et le Bébé (documentaire de la série Cinéastes de notre temps) :

« Le cinéma est un art de la jeunesse fait par des jeunes. »

Cette phrase me semble résonner étrangement avec notre société tout entière. Les seniors sont moins présents à l’écran. Comme ils sont moins présents dans nos entreprises. Comme ils deviennent invisibles dans notre économie obsédée par la croissance, l’innovation, le potentiel.

Alors qu’ils ont tant à apporter.

 


Leadership intergénérationnel : trois scènes pour trois apprentissages

Scène 1 : Identifier les ressources à portée de main que nous ne voyons plus

Ce qui se passe dans le film

Quatre pensionnaires se réunissent dans une salle commune d’une maison de retraite pour enquêter sur d’anciennes affaires non résolues. Personne ne les prend au sérieux. Les témoins, le directeur d’enquête et la jeune policière assistent passivement à ce qui se déroule devant leurs yeux.

Pourtant, ces quatre retraités se montrent méthodiques, incisifs, redoutablement lucides. On les considère comme des « has-been ». La scène inverse la hiérarchie habituelle : ce sont les « invisibles » qui deviennent les acteurs. Les personnes âgées sont plus pertinentes, plus percutantes que les « professionnels » en charge de l’enquête officielle.

Sans que ce ne soit jamais caricatural. La jeunesse n’est pas gage de vivacité ni physique ni cognitive.

Ce que ça révèle sur nos organisations

À mon sens, notre société est malade de sa fascination pour le futur hypothétique au détriment du présent réel. Je vous donne deux exemples :

L’industrie du football : Un jeune joueur prometteur, un « potentiel », peut valoir des dizaines, presque une centaine de millions d’euros sans avoir confirmé au plus haut niveau, dans un championnat compétitif. Pendant ce temps, un joueur confirmé au sommet de sa forme a une valeur marchande moyenne, qui a déjà déclinée. Pourtant, sa valeur footbalisitique, sur le terrain est réelle.

L’exemple de Tesla : Lorsque Tesla a commencé à vendre très peu de véhicules, sa valorisation dépassait celle du Groupe Volkswagen qui en vendait 3 millions par an. Cette valorisation lui a donné les moyens de devenir le leader qu’elle n’aurait jamais pu être si elle avait été valorisée pour ce qu’elle valait réellement. Est-ce que les véhicules Tesla ont opéré un changement dans l’industrie, écrasent-ils la concurrence. La réponse est non. Certains, comme Elon Musk, sont passés maîtres dans l’art de faire vivre un narratif qui sert leurs intérêts.

Cette perception du temps impacte profondément la concurrence et notre économie. Et elle crée une culture du rebut : on se prive de la contribution de nombreuses personnes parce qu’elles n’ont « plus d’avenir », ne sont plus « tendance » ou sont invisibilisés par un narratif qui prend toute la place, y compris celle de la rationnalité.

Personnellement, je suis choqué par ce que cela entraîne : dès lors qu’elles ne sont plus « productives économiquement » les seniors sont perçus comme des personnes sans intérêt. Ce qui contribue à les placer dans des EHPAD qui sont, dans les faits, des mouroirs — et dont les scandales récents n’ont amené ni débat public ni réelle prise de conscience.

The Thursday Murder Club inverse cette logique avec une audace jubilatoire.

Je m’interroge alors : Autour de vous, dans votre équipe, qui est « invisible » alors qu’il détient une compétence précieuse ? De quelle ressource disponible est-ce que vous vous privez ?


Scène 2 : Identifier d’autres modèles de leadership portés par des personnes invisibilisées

Ce qui se passe dans le film

Elizabeth, l’ex-espionne jouée par Helen Mirren, prend naturellement les rênes du groupe avec calme et autorité.

Sa posture ne vient pas d’un titre, mais d’une présence intérieure, d’une expérience assumée, d’une autorité naturelle, d’une fermeté qui ne tombe jamais dans l’autoritarisme. Elle ne cherche pas à convaincre : elle incarne une forme d’autorité qui s’impose d’elle-même. Sa posture est ferme sans être autoritaire, stratégique sans être froide.

Elle illustre le leadership du discernement, pas de la performance. Un leadership qui repose sur les compétences et l’expérience. Un leadership qui n’a pas d’âge.

Ce que ça révèle sur nos organisations

À un âge où l’énergie change, la puissance se substitue à la force, elle ne disparaît pas. Le leadership se transforme. Le leadership des seniors privilégie le temps long, la réflexion, l’anticipation et la stratégie. Là où le leadership de la jeunesse mise sur l’énergie, la force, la nouveauté.

C’est précisément ce type de leadership intergénérationnel que nos organisations négligent : un leadership qui ne cherche pas à impressionner par l’action immédiate, mais qui influence par la vision et la profondeur stratégique.

Deux questions se posent alors :

  • Quelles sont toutes les personnes invisibles, pas seulement les seniors, qui pourraient venir enrichir l’approche et la pratique du leadership de …votre équipe, entreprise… de notre société ?
  • En tant que Senior, comment m’appuyer sur ma différence pour incarner un leadership nouveau ?

Scène 3 : S’enrichir de la confrontation à la différence plutôt que de l’homogénéité

Ce qui se passe dans le film

Les retraités collaborent (parfois contre son gré) avec Donna De Freitas, une jeune inspectrice. Les deux mondes s’observent, se défient, puis se respectent. Et se complètent.

C’est un dialogue intergénérationnel réussi : les seniors apportent la mémoire et la stratégie, la jeune femme l’action et la légitimité institutionnelle. Un groupe qui fait place à la différence offre un cadre stimulant et épanouissant pour tous.

Ce que ça révèle sur nos organisations

La diversité n’est pas une case à cocher. Ce n’est pas compter les différences, les nommer et les ranger dans d’autres cases, même favorables. La diversité, c’est être curieux de l’autre, de ce que l’on ne connaît pas, de ce qui n’est pas nous. C’est refuser le confort de l’entre-soi.

Une personne, une structure ou une société s’enrichit plus de la confrontation à la différence que de l’homogénéité et de l’entre-soi. Dans le film, il s’agit de différence de génération, mais cela s’applique à toute forme de différence.

Le management multi-générationnel n’est pas qu’une contrainte à gérer, c’est une opportunité à saisir. Quand les générations collaborent réellement, elles créent quelque chose de plus puissant que la somme de leurs parties.

Comment créer ce type de symbiose entre générations dans une équipe ? Comment créer de nouvelles synergies dans votre équipe au-delà des gens qui se ressemblent ? Comment créer une culture de curiosité de l’autre et de la différence ?

La question miroir

The Thursday Murder Club n’est pas qu’un film de divertissement. C’est un miroir tendu à notre société, à nos entreprises, à nous-mêmes.

Il nous rappelle que le leadership ne se perd pas avec l’âge, il se transforme. Que les « invisibles » détiennent souvent les clés de nos défis les plus complexes que notre vision étriquée ne nous permet pas de résoudre. Notre obsession du gain futur nous rend aveugles aux richesses déjà présentes.

Et il nous pose une question essentielle, celle qui devrait nous guider dans toutes nos décisions managériales et humaines :

Traitons-nous nos aînés comme nous aimerions que la Gen Z nous traite dans 20 ans ?

Si la réponse est non, alors il est temps d’agir. Pas par charité. Pas par obligation morale. Mais par intelligence stratégique. Le leadership intergénérationnel n’est pas un « nice to have » : c’est un avantage compétitif majeur pour les organisations qui savent le cultiver.

Vous souhaitez développer le leadership intergénérationnel dans votre organisation ?

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