Skip to main content

Être de bonne volonté, est-ce suffisant pour avoir raison ?

Cette question polémique traverse tout As Bestas (2022), œuvre cinématographique puissante du réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen qui nous confronte à l’une des réalités les plus difficiles du leadership : quand le dialogue impossible s’installe entre deux camps convaincus chacun de défendre la bonne cause, comment sortir de l’impasse ?

Dans les salles de réunion comme dans les conseils de famille, ce scénario de conflit de valeurs se répète : des équipes bloquées, des générations qui ne se comprennent plus, des visions du monde qui s’affrontent. Personne n’a tort, personne n’a raison. Pourtant, l’incapacité à s’entendre paralyse toute décision et transforme chaque réunion en épreuve de force.

C’est précisément ce type de situation que le Ciné-Coaching permet de débloquer. En observant les mécanismes du conflit à l’écran, managers et dirigeants développent une capacité métacognitive : comprendre comment leurs propres certitudes les rendent sourds au dialogue. Cette prise de conscience est le premier pas vers la négociation et la quête de sens partagée.

Disponible gratuitement sur France TV jusqu’au 13 janvier 2026, As Bestas devient un outil précieux pour interroger nos pratiques face aux conflits de valeurs. Encore faut-il savoir choisir les films qui correspondent vraiment aux problématiques de votre organisation, puis apprendre à transformer ce visionnage en levier de développement personnel. Vous avez quelques pistes déjà.


As Bestas : quand deux visions du monde rendent le dialogue impossible

Synopsis et contexte

Un couple de Français, Antoine (Denis Ménochet) et Olga (Marina Foïs), s’installe dans un village isolé de Galice pour y développer une agriculture biologique. Leur projet : revitaliser cette terre abandonnée, produire de la qualité, vivre en alignement avec leurs valeurs intrinsèques. Face à eux, deux frères autochtones qui ont passé leur vie à travailler cette même terre sans jamais réussir à en vivre décemment. Sans jamais réussir à sortir de l’épuisement physique et psychologique. Pour eux, seule l’installation d’éoliennes permettrait de sortir de la précarité. Mais cela nécessite l’accord d’Antoine. Qui refuse.

Ce qui pourrait n’être qu’un désaccord de voisinage devient rapidement un conflit de valeurs existentiel. Car ce ne sont pas simplement deux projets qui s’opposent, mais deux compréhensions radicalement différentes du progrès, du travail, de la terre et de la dignité. Le dialogue impossible s’installe.

La question qui dérange : qui sont les colons ?

Le génie du film réside dans cette ambiguïté insoutenable : Antoine et Olga incarnent tous les idéaux contemporains. Écologie, authenticité, quête de sens, respect du terroir. Leur bonne volonté est évidente. Leur générosité aussi. Pourtant, en imposant leur vision sans vraiment écouter celle des autochtones, ne reproduisent-ils pas une forme de domination ? Celle des évangélisateurs qui pensaient mieux savoir que les peuples colonisés… et là avant eux ?

Les deux frères, eux, sont perçus comme menaçants. Leur violence latente fait peur. Mais ne sont-ils pas simplement désespérés de voir leur territoire transformé par des étrangers qui, aussi bien intentionnés soient-ils, ne comprennent pas ce que signifie avoir échoué toute sa vie sur cette même terre ?

Cette dualité reflète exactement ce qui se joue dans les conflits de valeurs en entreprise familiale ou dans les COMEX bloqués : chaque partie pense défendre les vraies valeurs. Transmission versus transformation. Stabilité versus innovation. Prudence versus audace. Accomplissement par la continuité versus recherche de sens par le changement. Personne n’a tort. Personne n’a raison. C’est la perception du monde qui diverge, rendant le dialogue impossible.


Trois scènes clés pour comprendre l’escalade vers le dialogue impossible

Scène 1 : L’installation – Qui sont les bêtes, qui est la proie ?

Dès les premières minutes, le réalisateur Rodrigo Sorogoyen pose une question : qui sont les véritables animaux dans cette histoire ? Le titre espagnol « As Bestas » (Les Bêtes) joue sur cette ambiguïté. En voyant le couple français arriver avec leurs projets, leur énergie, leurs convictions, on penche naturellement de leur côté. Ils semblent pleins de vie face à ces frères taciturnes, menaçants.

Mais rapidement, un malaise s’installe. Cette bonne volonté n’est-elle pas une forme d’aveuglement ? Vouloir « revitaliser » un territoire, n’est-ce pas aussi suggérer qu’il était mort ? Que ceux qui y vivent depuis toujours n’ont pas su faire vivre leur terre ? Cette incompréhension mutuelle pose les bases du conflit de valeurs à venir.

Apprentissage pour le leadership : La bonne intention ne dispense pas de l’écoute. Quand un dirigeant arrive avec une vision de transformation, même légitime, il peut involontairement disqualifier l’existant et ceux qui l’ont construit. Ce mécanisme déclenche des résistances qui n’ont rien à voir avec le fond du projet, mais tout à voir avec le sentiment de non-reconnaissance. Le dialogue devient alors impossible avant même d’avoir commencé.

Scène 2 : La tentative de dialogue au bar – L’incompréhension mutuelle

Antoine tente d’ouvrir le dialogue. Cette scène est fascinante car elle montre exactement comment un échange bien intentionné peut déraper vers le dialogue impossible. Les locaux le taquinent, tentent de le faire « rentrer dans le rang », selon le mécanisme décrit par Bergson dans son essai sur le rire : on se moque pour corriger, pour normaliser celui qui s’installe, pour qu’il fasse partie de la communauté. Mais voilà, Antoine ne se laisse pas taquiner, il n’accepte pas les normes locales, il n’accepte pas de devenir un autochtone. Il veut que les autochtones deviennent comme lui. Ou a minima, que les nouveaux arrivants soient comme lui.

Le dialogue n’a pas lieu. Chacun parle, personne n’écoute vraiment. Les frères expriment leur désespoir : ils n’ont jamais réussi à vivre de cette terre. Antoine explique son refus des éoliennes : il veut préserver le paysage, développer un modèle durable. Si Antoine réussit son pari agricole, les frères perdent sur deux tableaux : pas d’éoliennes ET la démonstration qu’ils ont échoué là où un étranger a réussi.

Cette scène incarne la tragédie des conflits de valeurs : ce n’est pas un problème de mauvaise volonté, c’est un problème de cadre de référence incompatible. Les frères vivent dans l’urgence de la survie économique. Antoine vit dans la quête de sens et d’alignement avec ses valeurs écologiques. Deux horizons temporels, deux définitions du progrès, deux rapports au territoire. Le dialogue impossible s’installe durablement.

Apprentissage pour le développement personnel : Avant même de négocier sur le fond, il faut comprendre que l’autre ne voit pas le monde avec les mêmes lunettes. Cette prise de conscience permet de sortir du jugement moral (« ils sont de mauvaise foi ») pour entrer dans la compréhension systémique (« ils ont une logique différente de la mienne, issue d’une vision du monde radicalement distincte »).

Scène 3 : Le déchaînement de violence – Quand le dialogue devient définitivement impossible

⚠️ ATTENTION SPOILER ALERT

Dans la dernière partie du long métrage, la violence explose. Les deux frères, qui connaissent parfaitement le rituel ancestral du « Rapas das Bestas » (capture des chevaux sauvages en montagne), appliquent cette même logique de traque pour tuer Antoine. Froidement. Méthodiquement. Comme on maîtrise un animal sauvage.

Il n’y a plus de retour possible. Plus de compromis. Plus de vie commune. Le dialogue impossible s’est transformé en rupture définitive, et la violence a pris toute la place.

Cette scène nous rappelle un principe fondamental de la gestion de crise : tant que les gens se parlent, même mal, il reste de l’espoir. Quand la communication s’arrête, seule la violence demeure – physique dans le film, institutionnelle ou juridique dans les entreprises (licenciements brutaux, exclusions, procès entre associés, ruptures familiales irréparables).

Apprentissage pour les organisations : Les conflits de valeurs non traités ne disparaissent pas. Ils s’enkystent et montent en intensité jusqu’au point de non-retour : des désaccords non exprimés deviennent des rancœurs, puis des camps retranchés, puis des ruptures définitives. Le dialogue impossible devient alors une prophétie autoréalisatrice.


De l’écran à l’entreprise : reconnaître les signaux du dialogue impossible

Les symptômes du blocage

Quand je travaille avec des équipes de direction, je retrouve systématiquement les mêmes patterns qu’As Bestas :

  • Réunions qui tournent en affrontement : on ne se parle plus pour construire, mais pour avoir raison
  • Postures défensives : chacun campe sur ses positions, écouter l’autre reviendrait à perdre la face
  • Communication indirecte : piques passives-agressives, alliances de couloirs, non-dits toxiques
  • Décisions stratégiques bloquées : impossibilité de trancher sur les investissements, les orientations, les successions
  • Perception de l’autre comme « bête » : l’adversaire est déshumanisé, réduit à ses défauts

Ces situations ne relèvent pas de la mauvaise foi. Elles sont le symptôme d’un conflit de valeurs profond où chacun défend sa vision du monde sans parvenir à entendre celle de l’autre. Le dialogue impossible s’est installé.

Pourquoi les approches classiques échouent

Face à ce type de blocage, les réflexes habituels – multiplier les réunions, faire appel à un médiateur externe, imposer une décision – échouent souvent. Pourquoi ? Parce qu’ils traitent les symptômes (le désaccord sur le fond) sans s’attaquer à la cause (l’incapacité à comprendre la vision du monde de l’autre).

C’est là que le Ciné-Club apporte une approche radicalement différente face au dialogue impossible.


Le Ciné-Club : sortir du dialogue impossible par l’observation partagée

Faciliter la compréhension sans confrontation directe

Le principe du Ciné-Club repose sur un mécanisme psychologique puissant : en observant un conflit de valeurs à l’écran, nous pouvons en comprendre les mécanismes sans être dans la défensive. Le film crée une distance sécurisante qui permet d’explorer des sujets sensibles et de remettre en question nos certitudes.

Quand je projette As Bestas avec un COMEX bloqué ou une famille entrepreneuriale en conflit de valeurs, quelque chose de magique se produit : chaque participant s’identifie à différents personnages. Certains se reconnaissent dans la bonne volonté d’Antoine, d’autres dans le désespoir des frères. Cette multiplicité des identifications ouvre la possibilité de comprendre qu’il existe plusieurs lectures légitimes de la même situation. Les camps se forment pour les frères ou pour Antoine, sortant des postures initiales et créant du débat.

Le dialogue impossible se transforme alors en dialogue sur le film, plus sûr émotionnellement, mais tout aussi révélateur.


Cas d’application : une famille entrepreneuriale débloquée

Pour illustrer concrètement l’efficacité de cette approche face au dialogue impossible, je partage avec vous comment j’ai accompagné une entreprise familiale dont le COMEX était paralysé depuis 12 mois. La situation était critique : impossibilité de prendre des décisions stratégiques majeures, réunions systématiquement tendues, communication rompue entre générations. Transmission impossible en l’état.

Le cœur du problème ? Un conflit de valeurs qui ressemblait étrangement à celui d’As Bestas : les seniors défendaient une vision éprouvée et rentable, les jeunes voulaient faire évoluer le modèle économique vers des pratiques différentes, plus alignées avec leurs valeurs intrinsèques. Chaque camp était convaincu d’avoir raison. Le dialogue impossible régnait.

L’intervention par le Ciné-Club, étalée sur 3 mois avec trois films stratégiquement choisis (dont As Bestas), a permis une transformation progressive. Pas de miracle, mais un déplacement réel : de la confrontation vers le dialogue, du jugement vers la compréhension, de l’impasse vers la négociation.

Vous voulez comprendre comment cette transformation s’est opérée ? J’ai détaillé ce cas client dans un article dédié : Comment un COMEX familial est sorti de l’impasse grâce au Ciné-Club.


Conclusion : Quand la bonne volonté ne suffit pas, le dialogue s’apprend

As Bestas nous rappelle une vérité dérangeante : nous pouvons être de bonne foi, défendre de vraies valeurs, avoir les meilleures intentions du monde… et pourtant créer un conflit de valeurs irrémédiable et un dialogue impossible. Parce que nous oublions l’essentiel : écouter vraiment l’autre. Comprendre sa perception du monde. Accepter que sa vérité, ancrée dans ses valeurs intrinsèques et sa quête de sens, puisse être aussi légitime que la nôtre.

Dans un COMEX, dans un conseil de famille, dans n’importe quelle équipe de direction, le défi n’est pas d’avoir raison. C’est de maintenir le dialogue assez longtemps pour qu’une vision commune puisse émerger, pour qu’un alignement devienne possible. Le cinéma et développement personnel, à travers le ciné-coaching, offre cet espace sécurisant où l’on peut s’entraîner à cette compétence essentielle : observer sans juger, comprendre sans renoncer à soi, transformer le dialogue impossible en recherche de sens partagée.

Votre situation ressemble à celle d’As Bestas ?

Si votre COMEX est bloqué, si vos équipes campent sur leurs positions, si le dialogue impossible s’est installé autour d’un conflit de valeurs, le Ciné-Club peut débloquer la situation. Cette approche permet de :

  • Faciliter la compréhension mutuelle sans confrontation directe
  • Restaurer une capacité d’écoute entre les parties
  • Créer les conditions d’un dialogue authentique et d’un accomplissement collectif
  • Préparer la négociation sur le fond

📞 Parlons de votre situation :  Prendre rendez-vous en Visio ou me contacter directement sur WhatsApp

📖 Pour aller plus loin :


As Bestas (2022) – Réalisé par Rodrigo Sorogoyen – Avec Denis Ménochet et Marina Foïs
Disponible sur France TV jusqu’au 13/01/2026
🔗 Voir le film