Introduction : Quand les mêmes valeurs créent le conflit
« Nous avons les mêmes valeurs. Et pourtant, nous n’arrivons à nous mettre d’accord sur rien. »
Cette phrase, prononcée lors de notre première rencontre, résume parfaitement le paradoxe vécu par ce COMEX d’entreprise familiale. Après une médiation qui avait fait émerger des valeurs communes – loyauté, excellence, transmission, innovation – l’équipe de direction se retrouvait encore plus désemparée. Si tout le monde partageait les mêmes valeurs, pourquoi le dialogue restait-il impossible ?
Ce cas illustre une réalité que je rencontre régulièrement : les conflits les plus difficiles à résoudre ne portent pas sur des valeurs opposées, mais sur des visions du monde incompatibles. Deux personnes peuvent défendre la même valeur – « l’innovation », « la transmission », « la qualité » – tout en donnant à ces mots des significations radicalement différentes.
C’est exactement ce qui se jouait dans cette entreprise familiale de 3ème génération. Et c’est ce que le Ciné-Club a permis de débloquer.
PARTIE 1 : LE DIAGNOSTIC – 12 mois de paralysie
Une entreprise florissante… en apparence
Entreprise familiale, troisième génération. Chiffre d’affaires entre 50 et 100M€. Un secteur à forte identité territoriale où le savoir-faire artisanal dialogue avec le temps long, où la production valorise un patrimoine naturel et culturel transmis de génération en génération.
En apparence, tout fonctionne. L’entreprise est reconnue, ses produits demandés. Pourtant, le COMEX est bloqué depuis un an déjà.
Le conflit qui paralyse tout
La question qui divise ? Faut-il transformer radicalement le modèle de production pour l’aligner avec les nouvelles tendances de consommation et de marché ? Alors que l’entreprise est florissante, faut-il prendre le risque de fragiliser la rentabilité et le modèle ?
Derrière cette question technique se cache un conflit générationnel profond qui empoisonne chaque réunion :
- Réunions systématiquement tendues, parfois houleuses
- Piques passives-agressives entre les participants
- Camps retranchés qui ne se parlent plus qu’en réunion formelle
- Alliances de couloirs qui contournent les instances officielles
Ce qui est vraiment en jeu
Au-delà des chiffres et des stratégies, ce qui se joue est existentiel :
Pour la génération senior : « Nous avons traversé trois crises avec ce modèle. Il a fait ses preuves. Notre vie entière a été consacrée à parfaire et transmettre ce savoir-faire. Notre produit a de la valeur grâce sa singularité hors du temps non pas parce qu’il suit les tendances ? »
Pour la génération montante : « Le consommateur a changé. Le monde a changé. Le marché évolue. Si nous ne nous adaptons pas maintenant, nous serons obsolètes dans 10 ans. Allons-nous devoir répéter les erreurs de nos aînés par respect du passé ? »
Deux légitimités. Aucune mauvaise foi. Un dialogue devenu impossible.
PARTIE 2 : LE CONFLIT INCARNÉ – Quand la médiation échoue
Une première tentative qui aggrave la situation
Face à ce blocage, le COMEX avait déjà fait appel à un médiateur externe six mois auparavant. L’objectif : faire émerger les valeurs clés de chacun pour trouver un terrain commun.
Le processus avait duré plusieurs semaines. Des ateliers individuels puis collectifs. Des cartes de valeurs. Des exercices de priorisation. Et finalement, un constat : tout le monde partageait les mêmes valeurs.
Excellence. Transmission. Innovation. Respect du terroir. Responsabilité. Durabilité.
On aurait pu s’en réjouir. Ce fut l’inverse.
L’ironie tragique : les mêmes mots, des mondes différents
Car si les mots étaient identiques, leur signification divergeait totalement :
« Innovation » pour les seniors : amélioration continue du savoir-faire existant, optimisation des processus, transmission des secrets de fabrication aux nouvelles générations.
« Innovation » pour les jeunes : remise en question du modèle, adoption de nouvelles pratiques, transformation des méthodes de production pour répondre aux attentes du marché. Lancement de nouveaux produits bien marketés.
« Transmission » pour les seniors : préserver l’héritage intact, transmettre ce qui a fait nos preuves, assurer la continuité.
« Transmission » pour les jeunes : léguer une entreprise viable pour les 50 prochaines années, adapter l’héritage pour qu’il survive.
La médiation n’avait pas réussi à faire émerger ce que chaque membre du COMEX entendait personnellement par telle ou telle valeur. Les participants s’étaient retrouvés dans les mêmes mots sans pour autant réussir à trouver un terrain d’entente.
Pire : certains membres avaient perdu confiance dans la capacité des deux camps à élaborer un compromis et à trouver une direction commune.
Le point de rupture
Quand je suis intervenu, la situation était critique :
- Les deux parties campaient fermement sur leurs positions
- L’une voulait conserver les choses en l’état
- L’autre croyait profondément que le consommateur avait changé et que l’offre devait s’adapter
- La défiance s’était installée : « Ils sont pétris de certitude, ils ne changeront jamais d’avis »
- Chaque proposition de l’un était systématiquement rejetée par l’autre
- Le COMEX ne se réunissait plus que par obligation statutaire
Le dialogue était devenu impossible.
PARTIE 3 : L’INTERVENTION – Pourquoi le Ciné-Club ?
Un format adapté à la situation
Face à ce constat, j’ai proposé le Ciné-Club plutôt qu’un atelier ou une nouvelle médiation. Pourquoi ?
Parce que les participants n’étaient pas prêts à se parler directement. Encore moins à chercher un compromis ou à agir ensemble. Il n’était pas encore temps pour un atelier de co-construction.
Le Ciné-Club est propice à l’awareness : prendre du recul, observer les mécanismes du conflit sans être dedans, comprendre que plusieurs lectures d’une même situation peuvent coexister. Réaliser les angles morts de notre perception de la situation.
C’est un format d’observation partagée qui crée un espace sécurisant : on ne parle pas de nous, on parle d’un film. Mais en parlant du film, on se parle.
Le protocole : 3 films, 3 mois, 3 objectifs
Séance 1 – As Bestas (Rodrigo Sorogoyen, 2022)
📖 Lire l’analyse complète du film
Objectif : Prendre conscience que le conflit ne porte pas sur les valeurs elles-mêmes, mais sur deux visions du monde opposées. Personne n’a tort. Et donc personne n’a raison.
Un couple de Français s’installe en Galice avec des idéaux écologiques. Face à eux, deux frères autochtones qui veulent installer des éoliennes pour sortir de la précarité. Chacun défend ses valeurs. Le dialogue devient impossible. La violence finit par exploser.
Ce film permet d’observer comment la bonne volonté ne suffit pas, comment deux légitimités peuvent s’affronter sans qu’il y ait de « méchant », comment l’incompréhension mène à l’escalade.
Séance 2 – Interstellar (Christopher Nolan, 2014)
Objectif : Projeter l’entreprise dans le temps long. Que reste-t-il de nos certitudes actuelles ? Cette mise en perspective temporelle crée un recul salvateur.
Dans Interstellar, l’humanité doit penser sa survie à l’échelle de plusieurs générations, voire de plusieurs siècles. Le temps devient relatif. Ce qui semblait urgent devient dérisoire. Ce qui semblait secondaire devient essentiel.
Ce film force à se poser la question : dans 500 ans, qu’est-ce qui comptera vraiment ? Notre modèle de production actuel ? Ou le fait d’avoir su transmettre quelque chose de vivant, capable d’évoluer ?
Séance 3 – 12 Hommes en colère (Sidney Lumet, 1957)
Objectif : Comment passer du conflit à la construction collective ? Observer comment douze personnes qui ne sont d’accord sur rien finissent par trouver un terrain commun.
Un jury doit statuer sur la culpabilité d’un accusé. Onze jurés votent « coupable » d’emblée. Un seul vote « non coupable ». Pendant 90 minutes, en huis clos, les certitudes vont s’effondrer progressivement grâce au dialogue méthodique, à l’écoute, à la remise en question des préjugés.
Ce film montre qu’un dialogue constructif est possible même quand tout semble perdu. Mais il nécessite du temps, de la méthode, et l’acceptation que nos certitudes puissent être ébranlées.
PARTIE 4 : LES DÉCLICS – Quand le film brise les camps
Révélation 1 : As Bestas crée de nouveaux groupes
Lors de la première séance, quelque chose d’inattendu se produit.
En discutant du film, les participants ne se positionnent pas selon les camps habituels du COMEX. De nouveaux groupes émergent :
- Les « pro-Antoine » (le couple français) : ceux qui comprennent leur idéalisme
- Les « pro-frères » (les autochtones) : ceux qui comprennent leur désespoir
Et ces groupes traversent les générations. Un senior se retrouve du côté du couple français. Un jeune comprend la rage des frères.
Le dialogue est relancé. Pas sur le sujet qui bloque l’entreprise, mais sur le film. Des débats naissent. Des conversations parallèles se créent. D’autres oppositions apparaissent, moins clivantes, plus fluides.
Pendant deux heures, les membres du COMEX se parlent vraiment. Sans posture. Sans stratégie. Juste pour comprendre comment chacun a vécu le film.
Révélation 2 : La différence entre valeurs et vision du monde
Le débriefing d’As Bestas permet une prise de conscience majeure.
En analysant pourquoi Antoine et les frères ne parviennent pas à dialoguer malgré leurs bonnes intentions respectives, les participants saisissent une distinction fondamentale :
Les valeurs (amitié, loyauté, excellence, transmission) sont des concepts abstraits que chacun peut s’approprier.
La définition personnelle de ces valeurs dépend de notre vision du monde, de notre histoire, de notre rapport au temps, au risque, à l’identité.
Et ce qui détermine nos choix, ce n’est pas la valeur elle-même, c’est la vision du monde qui la sous-tend.
Un membre du COMEX formule cette phrase qui fait mouche :
« On ne s’oppose pas sur l’innovation. On s’oppose sur ce que signifie ‘innover’ quand on a 30 ans versus quand on en a 60. Sur ce que signifie ‘transmettre’ quand on hérite versus quand on lègue. »
Le silence qui suit est pesant. Chacun réalise que le conflit est beaucoup plus profond – et donc beaucoup plus légitime – qu’un simple désaccord technique.
La sortie de séance : sonnés mais ouverts
Les participants ressortent un peu sonnés, bousculés dans leurs certitudes.
Plusieurs confient avoir passé une nuit difficile après la projection d’As Bestas. Pas à cause de la violence du film, mais parce qu’il les forçait à se questionner : « Et si j’étais aussi têtu qu’Antoine ? Et si ma bonne volonté m’empêchait d’écouter ? »
D’autres admettent avoir repensé à la médiation ratée : « On cherchait un terrain commun sur les valeurs. Mais le problème n’était pas là. Le problème, c’est qu’on ne voit pas le monde pareil. »
Lors de la deuxième séance (Interstellar), l’atmosphère a changé. Les participants ne sont plus en mode défense. Ils sont en mode exploration.
PARTIE 5 : LES RÉSULTATS – Le dialogue renoué
Une transformation progressive
Trois mois après le début du Ciné-Club, les changements sont tangibles :
La tension et le climat de défiance se sont estompés.
Les réunions du COMEX ne sont plus systématiquement tendues. Les piques passives-agressives ont quasiment disparu. On peut à nouveau échanger sans que chaque phrase soit interprétée comme une attaque.
Le dialogue est renoué.
Les deux camps ont exprimé leur intention et leur désir de reprendre les conversations et de trouver un terrain d’entente. Ce n’est plus « eux contre nous », mais « nous face à un problème commun ».
Des conversations informelles émergent.
En dehors des réunions formelles, des discussions latérales se sont déroulées. Des membres des deux générations se sont retrouvés pour discuter, sans ordre du jour, sans enjeu immédiat. Juste pour se parler.
Un premier compromis a émergé naturellement.
Sur une décision qui bloquait depuis des mois, une solution intermédiaire a été trouvée. Pas imposée. Pas négociée durement. Elle a émergé d’elle-même lors d’une réunion, parce que les participants étaient enfin capables de s’écouter.
Ce qui a vraiment changé
Le modèle économique final n’a pas encore été tranché. Les désaccords sur le fond existent toujours. Mais quelque chose d’essentiel s’est transformé :
Les membres du COMEX ont retrouvé la capacité de dialoguer.
Ils ont compris que défendre des positions différentes ne signifie pas être de mauvaise foi. Que l’autre peut avoir raison depuis son point de vue. Que chercher à comprendre n’équivaut pas à renoncer à ses convictions.
Six mois après le Ciné-Club, le COMEX fonctionne à nouveau. Les décisions avancent. L’entreprise peut se projeter.
Et surtout : les deux générations ont accepté de co-construire une feuille de route commune, en intégrant cette fois ce qui compte vraiment pour chacun.
J’ai continué de les accompagner avec des ateliers qui leurs permettent d’expérimenter comme concilier ces deux visions du monde au sein de la même entreprise.
PARTIE 6 : ET VOTRE COMEX ?
Quand le Ciné-Club est la bonne approche
Cette intervention illustre une réalité : quand le dialogue est rompu, il faut d’abord restaurer la capacité d’écoute avant de chercher des solutions.
Le Ciné-Club est particulièrement efficace dans ces situations :
✅ Le dialogue est impossible : les participants ne parviennent plus à s’écouter
✅ Le conflit porte sur des valeurs ou des visions du monde, pas sur des faits techniques
✅ Les approches classiques ont échoué : médiation, facilitation, consultants externes n’ont pas débloqué la situation
✅ Les parties doivent continuer à travailler ensemble : impossible de trancher ou d’exclure un camp
✅ La défiance s’est installée : chacun pense que l’autre est de mauvaise foi
Votre situation ressemble à ce cas ?
Si votre COMEX est paralysé par un conflit générationnel, si les réunions sont devenues des épreuves de force, si vous avez l’impression que « tout a été essayé », le Ciné-Club peut débloquer la situation.
Ce format permet de :
- Créer un espace sécurisant pour observer les mécanismes du conflit
- Restaurer une capacité d’écoute mutuelle sans confrontation directe
- Faire émerger une compréhension partagée des visions du monde en présence
- Préparer le terrain pour des ateliers de co-construction ou une négociation constructive
Parlons de votre situation
Chaque conflit est unique. Chaque COMEX a sa propre histoire. Le Ciné-Club n’est pas une solution miracle, mais une approche qui fonctionne quand le dialogue semble définitivement rompu.
📞 15 minutes d’échange pour comprendre si le Ciné-Club est adapté à votre contexte
👉 Réserver un créneau de découverte (Visio)
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Pour aller plus loin
📖 Lire l’analyse complète d’As Bestas – Comprendre comment ce film éclaire les conflits de valeurs en entreprise
🎬 Découvrir le fonctionnement du Ciné-coaching – Comment le cinéma devient un outil de développement personnel
🎯 Nos formats individuels et collectifs – Ciné-Club, ateliers, accompagnement sur mesure
Les détails de ce cas ont été modifiés pour préserver la confidentialité du client. L’essence de la transformation et les mécanismes décrits sont fidèles à l’intervention réelle.


